Si le papier toilette est essentiel, la serviette hygiénique l'est aussi

Si le papier toilette est essentiel, la serviette hygiénique l'est aussi

Pourquoi l'Ukraine a besoin de protections périodiques gratuites dans les lieux publics

Il existe des formes d'inégalité qui traversent les générations précisément parce qu'elles paraissent trop ordinaires pour être reconnues comme des inégalités. Elles se logent dans les détails du quotidien, dans les présupposés inscrits dans les bâtiments, les budgets, les lieux de travail, les écoles et les services publics, et dans l'attente tacite que la personne concernée anticipe d'elle-même le problème et s'adapte.

Les règles habitent ce territoire depuis très longtemps.

Des toilettes publiques fournissent de l'eau, parce que le corps humain a besoin d'eau pour l'hygiène. Elles fournissent du savon, parce que la propreté est reconnue comme une exigence de santé publique. Elles fournissent du papier toilette, parce que la société admet que certains besoins physiologiques surviennent quand on est loin de chez soi et qu'un espace public qui fonctionne doit permettre d'y répondre en sécurité et dans la dignité.

Pourtant, lorsque les règles d'une femme ou d'une fille arrivent à l'improviste dans une école, un hôpital, une université, un bâtiment administratif, une gare, sur son lieu de travail ou dans un abri public, une tout autre logique s'applique encore dans la plupart des pays. On attend d'elle qu'elle ait prévu, qu'elle ait sur elle la bonne protection, qu'elle trouve un magasin, qu'elle en emprunte une à une autre femme, qu'elle improvise avec du papier toilette ou qu'elle quitte le lieu où elle était venue étudier, travailler, voyager, se faire soigner ou utiliser un service public.

Le processus biologique est tout à fait ordinaire. L'infrastructure qui l'entoure reste incomplète.

C'est la contradiction au cœur d'une nouvelle initiative lancée en Ukraine par The World Organization of Women Nations Womafreesm.

En août 2026, Marina Sukhomlinova, fondatrice et présidente de The World Organization of Women Nations Womafreesm, a adressé au Cabinet des ministres de l'Ukraine une pétition demandant que l'accès gratuit aux protections menstruelles devienne une norme sanitaire obligatoire dans les institutions publiques. Les médias ukrainiens ont déjà rendu compte de l'initiative et de sa demande : des protections périodiques disponibles dans les écoles, les établissements de santé, les institutions de l'État et d'autres lieux publics.

Signer la pétition officielle adressée au Cabinet des ministres de l'Ukraine

La pétition porte sur les serviettes et les tampons, mais le principe qui la sous-tend va beaucoup plus loin. Elle pose une question : un État moderne peut-il vraiment qualifier son infrastructure publique d'universelle quand celle-ci traite encore une réalité physiologique prévisible, qui concerne des milliards de personnes, comme une affaire que chaque femme doit régler seule, en privé ?

Les règles relèvent de l'intime. L'accès relève de l'infrastructure.

L'Organisation mondiale de la santé estime qu'environ 2,1 milliards de femmes et d'adolescentes dans le monde ont leurs règles. La Banque mondiale estime qu'environ 500 millions de femmes et de filles n'ont pas accès à des protections menstruelles ou à des installations adéquates pour vivre leurs règles en sécurité et dans la dignité. Chaque jour, plus de 300 millions de femmes dans le monde ont leurs règles.

Ces chiffres comptent, mais le problème de fond commence avant même que la pauvreté n'entre dans la discussion.

Une femme peut tout à fait avoir les moyens d'acheter des protections et se retrouver malgré tout sans rien au moment précis où elle en a besoin. Ses règles peuvent arriver en avance. Une serviette peut tomber de son sac. Le dernier tampon peut servir plus tôt que prévu. Une adolescente peut avoir ses premières règles à l'école. Une patiente peut arriver à l'hôpital sans aucune affaire personnelle. Une femme peut passer des heures dans un abri public pendant une alerte aérienne. Une étudiante peut être en plein examen. Une voyageuse peut se retrouver entre deux trains à minuit.

À cet instant, la frontière entre un « produit personnel » et une infrastructure publique devient beaucoup moins évidente.

On achète du papier toilette pour chez soi, et pourtant les toilettes publiques en fournissent. On achète du savon pour chez soi, et pourtant les hôpitaux, les écoles et les bâtiments administratifs en fournissent. La raison est simple : quand une personne entre dans un espace partagé, certaines conditions sanitaires de base deviennent la responsabilité de cet espace.

Les protections menstruelles ont leur place dans cette même discussion.

Cela ne signifie pas que l'État remplace les achats privés des ménages. Cela signifie qu'une femme confrontée à un besoin physiologique ordinaire dans une institution publique peut y répondre sans abandonner l'activité qui l'y a amenée.

C'est une proposition bien plus sérieuse que la charité.

C'est de l'infrastructure.

La question n'est plus de savoir si c'est faisable

Partout dans le monde, des gouvernements ont déjà commencé à y répondre, chacun à sa manière.

C'est l'Écosse qui est allée le plus loin. La loi Period Products (Free Provision) (Scotland) Act 2021, entrée en vigueur le 15 août 2022, a fait de l'Écosse le premier pays au monde à protéger par la loi le droit d'accès gratuit aux protections périodiques pour toute personne qui en a besoin. Les collectivités locales et les établissements d'enseignement ont l'obligation légale de mettre gratuitement des protections à disposition, de manière raisonnablement pratique et respectueuse de la dignité, avec un choix de produits.

La portée philosophique du modèle écossais passe facilement inaperçue si on la réduit à des « serviettes gratuites ».

La loi ne commence pas par exiger d'une femme qu'elle prouve ses difficultés financières. Elle part du besoin.

Cette distinction est capitale, car un système soumis à conditions de ressources transforme un besoin physiologique élémentaire en déclaration de pauvreté. L'accès universel traite la protection comme une partie de l'infrastructure dont chacun a besoin pour avancer dans la société avec dignité.

Au moment de l'entrée en vigueur de la loi, l'Écosse avait déjà investi plus de 27 millions de livres dans la mise à disposition gratuite de protections périodiques dans les lieux publics. Le pays a aussi développé des outils pour aider chacun à trouver des protections gratuites et a organisé leur distribution dans les écoles, les établissements d'enseignement professionnel, les universités et, plus largement, dans les lieux de la vie locale.

L'Irlande du Nord est ensuite devenue le deuxième territoire au monde à légiférer sur la gratuité universelle. Sa loi qualifie explicitement les protections périodiques de produits d'hygiène personnelle essentiels, nécessaires pour répondre à un besoin biologique normal, et précise qu'elles doivent être accessibles à toute personne qui en a besoin, quelle que soit sa situation économique. La distribution gratuite prévue par la loi a commencé en mai 2024.

Différents territoires sont arrivés au même principe par des chemins différents, et cette diversité est utile. L'Ukraine n'a pas besoin de copier le modèle d'un seul pays. Elle peut étudier ce que chaque modèle révèle.

Le Canada a rendu l'argument presque incontournable

Le Canada offre l'un des précédents les plus clairs, car il a inscrit les produits menstruels directement dans la réglementation sur les installations sanitaires au travail.

Depuis le 15 décembre 2023, les employeurs des lieux de travail sous réglementation fédérale au Canada sont tenus de fournir gratuitement des serviettes et des tampons à leur personnel, avec des produits facilement accessibles dans les toilettes des lieux de travail placés sous leur contrôle. Les lignes directrices du gouvernement canadien rangent elles-mêmes les produits menstruels aux côtés des fournitures sanitaires de base, comme le papier toilette et le savon.

Une fois la question posée en ces termes, une grande partie de la confusion culturelle disparaît.

Personne ne se demande si un salarié doit penser à apporter du papier toilette au travail.

Personne ne suggère qu'un patient hospitalisé emporte du savon au cas où il viendrait à manquer dans la salle de bains.

Personne ne voit dans une poubelle hygiénique un privilège particulier.

Tout cela fait partie, aux yeux de tous, du coût normal d'un lieu qui fonctionne.

La réforme canadienne dit en substance que les règles appartiennent à cette même réalité de fonctionnement.

C'est un tournant important, car l'égalité progresse souvent quand le langage devient plus précis. La question politique cesse d'être : « Pourquoi quelqu'un d'autre devrait-il payer les produits personnels d'une femme ? » et devient : « Qu'est-ce qui fait partie de la norme sanitaire minimale d'un lieu de travail moderne ? »

Ce sont deux débats entièrement différents.

Quand les femmes n'ont pas accès à ce dont elles ont besoin

On parle souvent de simple désagrément, parce que chaque incident, pris isolément, paraît minime. Les données montrent quelque chose de plus grave.

Une étude de référence menée en Écosse a demandé aux personnes qui avaient eu du mal à se procurer suffisamment de protections périodiques comment elles s'en sortaient. Parmi elles, 54 % achetaient des marques moins chères, 37 % changeaient de type de produit, 30 % gardaient leurs protections plus longtemps que d'habitude, 27 % utilisaient des solutions de remplacement comme le papier toilette, et 11 % renonçaient à certaines de leurs activités quotidiennes. La même étude a mis en évidence un net gradient de revenus : 76 % des personnes vivant dans un foyer gagnant moins de 10 000 £ déclaraient pouvoir généralement acheter suffisamment de protections, contre 98 % de celles dont le foyer gagnait plus de 40 000 £.

Derrière chaque pourcentage se cache un calcul humain ordinaire.

Puis-je me lever sans fuite ?

Puis-je finir le cours ?

Puis-je rester au travail ?

Puis-je attendre encore trois heures ?

Puis-je utiliser du papier toilette à la place ?

Puis-je demander à quelqu'un ?

Puis-je m'offrir un autre paquet cette semaine ?

Chacune de ces décisions semble privée quand elle n'arrive qu'une fois. Quand les mêmes décisions se répètent dans des milliers ou des millions de vies, elles deviennent la preuve de la manière dont un système a été conçu.

Cette distinction est au cœur de la philosophie de l'équiconsidération (Equal Consideration) portée par Womafreesm.

L'équiconsidération signifie que les différences humaines réelles sont intégrées dès le départ dans la conception des institutions, au lieu d'être traitées comme des exceptions gênantes une fois le préjudice survenu. L'égalité gagne en précision lorsque les systèmes tiennent compte de la réalité des différents corps, des âges de la vie et des situations, au lieu de supposer qu'un modèle prétendument neutre servira tout le monde de la même façon.

Un système sanitaire public qui prévoit la miction, la défécation et le lavage des mains, mais exclut les règles, repose sur un modèle incomplet des personnes qui l'utilisent.

Pendant des générations, c'est la femme qui a compensé elle-même cette lacune.

Le rôle des politiques publiques est de corriger l'architecture.

La Nouvelle-Zélande montre ce qui se passe quand l'accès fait partie de l'éducation

La Nouvelle-Zélande a fait le choix d'une approche résolument centrée sur l'école. Son ministère de l'Éducation indique qu'environ 98 % des élèves qui ont leurs règles dans les écoles participantes, qu'elles soient publiques, intégrées au réseau public, sous contrat (charter schools) ou kura (écoles en langue maorie), ont accès à des protections périodiques grâce au programme national. Le programme est conçu pour couvrir un cycle menstruel complet plutôt que pour offrir un dépannage occasionnel.

Le raisonnement est explicitement lié à la participation. Les élèves qui n'ont pas accès aux protections peuvent manquer l'école, le sport et les activités culturelles. Fournir des protections supprime l'un de ces obstacles.

L'expérience néo-zélandaise met aussi en lumière un point qui devrait être central dans toute politique ukrainienne : la simple présence physique des protections ne crée pas automatiquement un accès réel.

Une protection rangée derrière un bureau est peut-être techniquement disponible. Mais une fille de treize ans doit encore aller voir un adulte et lui dire qu'elle a ses règles.

Un projet pilote écossais était arrivé à une conclusion semblable des années plus tôt. Quand on a demandé aux élèves et aux étudiants comment ils préféreraient accéder aux protections gratuites, la mise à disposition directement dans les toilettes de l'école, de l'établissement ou de l'université figurait parmi les options les plus appréciées. Les obtenir auprès d'un membre du personnel figurait parmi les moins appréciées. Les chercheurs ont désigné le fait de devoir demander à quelqu'un comme un obstacle important, car la gêne elle-même peut empêcher d'y recourir.

C'est pourquoi la dignité menstruelle exige davantage que des achats publics.

Elle exige l'autonomie d'accès.

Une femme doit pouvoir prendre ce dont elle a besoin sans justifier de ses revenus, sans expliquer son corps, sans demander la permission et sans transformer un événement physiologique en interaction sociale.

Le pays de Galles montre comment l'idée dépasse le cadre de l'école

Le pays de Galles a étendu le principe au-delà de l'éducation.

En 2025, le gouvernement gallois indiquait que son Period Dignity Fund, doté de 3,2 millions de livres, finançait des protections gratuites dans chaque école et chaque établissement d'enseignement professionnel du pays de Galles, ainsi que dans des centaines d'autres lieux, dont des bibliothèques, des complexes de loisirs, des banques alimentaires, des clubs sportifs et des espaces jeunesse.

Cette extension compte, car les règles ne surviennent pas à l'intérieur d'une politique éducative.

Elles surviennent à l'intérieur d'une vie.

La même femme qui a besoin de protections à seize ans à l'école peut en avoir besoin à vingt-quatre ans dans une bibliothèque, à trente-six ans à l'hôpital, à quarante-deux ans dans un centre sportif public, et à un autre moment encore dans une administration.

Si la politique reconnaît la biologie, l'infrastructure finit par devoir suivre la personne.

L'Angleterre montre comment une mesure d'urgence devient un système pérenne

L'Angleterre fournit des protections périodiques gratuites dans les écoles et les établissements d'enseignement professionnel depuis 2020, et le dispositif se poursuit pendant l'année scolaire 2025-2026. Les lignes directrices du gouvernement affirment clairement que les règles ne doivent jamais faire obstacle à la scolarité et qu'une élève peut avoir besoin de protections parce qu'elle n'a pas les moyens d'en acheter, les a oubliées, n'en a plus ou a eu ses règles de manière inattendue.

Le dispositif actuel comprend des serviettes, des tampons, des produits plus respectueux de l'environnement, des coupes menstruelles, des culottes menstruelles et d'autres options. En 2026, le ministère de l'Éducation (Department for Education) a lancé une nouvelle procédure nationale d'achat public pour poursuivre la distribution gratuite dans les écoles et les établissements qui accueillent les plus de 16 ans, signe que l'idée a dépassé le stade de la campagne temporaire pour devenir un système public pérenne.

Les données historiques qui ont nourri le programme sont parlantes. Une enquête de 2018 citée par le ministère de l'Éducation a montré que 14 % des étudiantes de l'enseignement professionnel et 6 % des élèves filles n'avaient pas pu se procurer de protections périodiques au cours de l'année précédente, faute de moyens.

Les lignes directrices anglaises contiennent aussi une leçon subtile mais importante pour la communication publique. Elles recommandent aux écoles d'éviter tout langage qui présente les protections comme une aide réservée aux pauvres, car la stigmatisation peut à elle seule dissuader de recourir à un service.

C'est précisément pour cela que la « précarité menstruelle », malgré son importance, ne doit jamais devenir le cadre tout entier.

La pauvreté est l'une des raisons pour lesquelles une personne peut avoir besoin d'accès.

Les règles sont la raison pour laquelle l'infrastructure est nécessaire.

La France montre l'ampleur du problème économique pour les jeunes femmes

La France a abordé la précarité menstruelle par l'enseignement supérieur, après que des données ont montré à quel point les coûts pesaient sur les étudiantes.

Le ministère français de l'Enseignement supérieur a cité une étude selon laquelle 33 % des étudiantes déclaraient avoir besoin d'une aide financière pour se procurer des protections périodiques, tandis que 13 % disaient avoir déjà dû choisir, faute d'argent, entre des protections et un autre produit de première nécessité. Le gouvernement s'est fixé l'objectif de 1 500 points de distribution gratuite sur les campus universitaires, y compris dans les résidences universitaires et les services de santé étudiante.

C'est le visage économique du problème.

Quand un processus biologique récurrent entre en concurrence avec l'alimentation, les transports ou une autre nécessité dans le budget d'une jeune femme, les conséquences dépassent l'hygiène. Elles touchent l'assiduité, la concentration, l'autonomie et la possibilité même de suivre des études sur un pied d'égalité.

La Catalogne prouve que la durabilité peut faire partie de l'accès

La Catalogne a choisi une autre voie en créant un accès universel et gratuit aux protections menstruelles réutilisables.

Son initiative La meva regla, les meves regles a été pensée pour environ 2,5 millions de femmes et de personnes menstruées, avec des produits réutilisables distribués en pharmacie. Le programme propose notamment des coupes menstruelles, des serviettes lavables et des culottes menstruelles, accompagnées de conseils personnalisés.

Dans les trois premiers mois du déploiement à grande échelle, le gouvernement catalan a indiqué que près de 400 000 femmes avaient déjà reçu un produit réutilisable gratuit, à raison d'environ 1 200 produits distribués chaque jour.

C'est important, car l'une des objections les plus sérieuses à une distribution publique plus large concerne l'impact environnemental.

La réponse ne peut pas consister à opposer durabilité et dignité menstruelle.

Une politique mûre peut faire les deux. Les produits jetables restent indispensables pour les besoins imprévus et immédiats dans les lieux publics. Les produits réutilisables peuvent être soutenus par les pharmacies, le système de santé, l'éducation et des programmes de long terme. Les achats publics peuvent privilégier des matériaux à moindre impact et des emballages responsables. Les données peuvent guider les niveaux de stock et éviter le gaspillage.

La réflexion écologique doit améliorer le système, et non servir de prétexte pour conserver un système inadapté.

Les arguments contre la gratuité méritent des réponses sérieuses

Une politique gagne en solidité quand elle résiste aux meilleures objections au lieu de les éviter.

Avant d'instaurer son obligation pour les lieux de travail, le Canada a mené une consultation publique. Sur 42 réponses, 57 % soutenaient la proposition, 41 % s'y opposaient et 2 % étaient neutres. Les particuliers se montraient plus sceptiques que les organisations : parmi les contributions individuelles, 59 % étaient défavorables. L'impact environnemental a été soulevé par plus de 24 % des répondants, et le coût figurait parmi les principales préoccupations.

Ces objections sont utiles, car elles mettent en lumière les questions auxquelles toute législation ukrainienne devrait répondre.

Qui paie ?

Combien coûtera le système ?

Qu'est-ce qui empêche quelqu'un de prendre des quantités excessives ?

Comment les stocks sont-ils réapprovisionnés ?

Quels produits sont inclus ?

Comment les achats publics évitent-ils le gaspillage inutile ?

Qui vérifie que les protections sont réellement disponibles ?

Quelles institutions sont soumises à l'obligation ?

Comment l'État distingue-t-il une norme d'accès d'urgence dans les lieux publics de l'idée que les pouvoirs publics devraient couvrir toute la consommation mensuelle de chacune ?

Ce sont des questions légitimes. Ce sont aussi des questions de conception.

Un État qui fonctionne gère déjà des questions comparables pour toutes les autres ressources publiques. Le papier toilette est acheté, stocké, contrôlé et parfois volé. Les distributeurs de savon sont remplis. Les équipements publics sont dégradés. L'eau est gaspillée. Les bâtiments n'ont pas tous la même fréquentation. Les budgets sont limités.

L'infrastructure a toujours demandé de la gestion.

Le risque d'abus plaide pour de meilleurs systèmes de distribution, un suivi des stocks, des règles d'achat et des évaluations. C'est un argument faible pour exclure le besoin physiologique lui-même.

L'Écosse nous montre aussi ce que l'Ukraine devrait faire mieux

L'expérience internationale ne devrait jamais servir de propagande. Un pays qui n'apprend que des succès d'un autre ne retient que la moitié de la leçon.

Des informations récemment communiquées par le gouvernement écossais révèlent une faiblesse instructive. Dans une réponse d'août 2026 à une demande d'accès à l'information (Freedom of Information), le gouvernement écossais a déclaré qu'il ne suit, n'audite ni n'évalue actuellement la manière dont les fonds destinés aux protections périodiques sont répartis ou dépensés par les collectivités locales, les établissements d'enseignement professionnel, les universités ou d'autres organismes publics, et qu'il ne collecte pas actuellement de données centralisées sur la distribution prévue par la loi. La réponse indiquait aussi qu'aucun examen ni aucune évaluation de l'efficacité, de l'accessibilité, du rapport coût-efficacité ou de la durabilité n'avait été mené depuis janvier 2024.

C'est précisément le type de faiblesse institutionnelle que l'Ukraine devrait éviter.

Un modèle ukrainien solide devrait intégrer la mesure dans la politique dès le premier jour : coût par site, taux de rupture de stock, modes d'utilisation, préférences de produits, charge d'entretien, déchets, satisfaction des usagères, différences régionales et accessibilité réelle des protections.

Une loi doit créer un droit.

Un système de suivi doit prouver que ce droit existe en dehors du texte de loi.

L'approche de Womafreesm va donc plus loin que de placer des boîtes de serviettes dans les toilettes. L'objectif est de créer une norme sanitaire mesurable, avec des responsabilités, des preuves, des budgets, des critères de mise en œuvre et un réexamen.

L'Ukraine vit une réalité supplémentaire : la guerre ne met pas le cycle menstruel en pause

Pour l'Ukraine, ce débat est indissociable de la guerre.

L'UNICEF décrit la santé menstruelle pendant la guerre en cours comme un enjeu crucial et souvent négligé. Les déplacements de population et les dégâts infligés aux infrastructures ont perturbé l'accès aux ressources essentielles d'hygiène menstruelle. Une enquête menée en 2024 par l'UNICEF et U-Report a montré que 93 % des filles souhaitaient davantage d'informations sur l'hygiène menstruelle, que près de 39 % avaient vu des camarades harcelées à cause de leurs règles, et que 18 % avaient elles-mêmes subi un harcèlement lié aux règles. L'UNICEF note aussi que certaines localités manquent de toilettes offrant une intimité, une sécurité et des produits d'hygiène menstruelle adéquats.

La guerre change presque toutes les conditions environnantes, mais laisse la biologie intacte.

Une femme peut devoir quitter son domicile avec quelques minutes de préavis. Elle peut perdre en une seule journée ses revenus, sa pharmacie, sa salle de bains et ses affaires. Elle peut passer des heures dans un transport d'évacuation, un centre de transit, un couloir d'hôpital ou un abri antiaérien. Une adolescente peut se retrouver déplacée dans une école inconnue. Une famille peut vivre dans un hébergement temporaire où l'accès aux magasins et à l'eau est incertain.

Le cycle menstruel continue à travers tout cela.

C'est pourquoi une norme sanitaire ukrainienne devrait inclure une catégorie que d'autres pays n'ont peut-être pas besoin de traiter en priorité de la même façon : les abris publics, les sites d'évacuation et de transit, les centres d'hébergement temporaire et les autres infrastructures de crise.

Pour l'Ukraine, la dignité menstruelle est aussi une question de résilience.

La société ukrainienne a déjà montré que ce sujet relève des politiques publiques

En avril 2026, une autre pétition adressée au Cabinet des ministres demandait l'application d'un taux de TVA réduit de 7 % aux produits d'hygiène menstruelle. Elle a recueilli plus de 25 000 signatures et a reçu une réponse officielle du gouvernement en mai.

Cette pétition portait sur le prix des protections menstruelles.

La pétition de Womafreesm porte sur l'architecture de l'accès.

La distinction est importante.

Une fiscalité plus basse peut rendre un produit plus abordable lorsqu'une femme va l'acheter. Une norme sanitaire publique répond au moment où elle a besoin d'une protection et ne peut pas s'en procurer, que la raison soit la pauvreté, le déplacement, des règles inattendues, un sac oublié, un magasin fermé ou simplement le fait de se trouver dans une institution publique au moment où le besoin survient.

Une politique change le prix.

L'autre change l'environnement.

L'Ukraine a besoin d'un débat sérieux sur les deux.

Ce que Womafreesm demande à l'Ukraine de construire

La proposition portée par The World Organization of Women Nations Womafreesm repose sur un principe simple : les protections menstruelles de base doivent faire partie du minimum sanitaire dans des institutions publiques désignées, avec un accès conçu autour de la dignité, de l'intimité et des besoins concrets.

La première phase devrait cibler en priorité les écoles, les établissements d'enseignement professionnel et les universités, les hôpitaux et les établissements de santé, les bâtiments de l'État et des municipalités, les bibliothèques, les équipements sportifs publics, les grands nœuds de transport, les abris et les structures de crise.

Les protections doivent être accessibles directement et discrètement. Une femme ou une fille ne doit jamais avoir à justifier de ses revenus, à expliquer pourquoi elle a besoin d'une serviette, à chercher un employé désigné ou à révéler publiquement un événement biologique intime.

La norme devrait prévoir une gamme raisonnable de niveaux d'absorption et de types de produits, des dispositifs d'élimination hygiénique, des responsabilités de réapprovisionnement clairement définies et des règles d'achat transparentes. Les produits réutilisables peuvent faire l'objet d'un programme complémentaire, via le système de santé, les pharmacies, les établissements d'enseignement ou des initiatives des collectivités locales.

L'Ukraine devrait commencer par des projets pilotes bien définis, mesurer la consommation réelle et le coût de fonctionnement, comparer les modes de distribution, consulter les usagères et les institutions, puis étendre le système sur la base des preuves.

C'est ainsi qu'une revendication sociale devient une institution.

Le vrai sujet de cette pétition, c'est l'architecture de la dignité

Une serviette hygiénique est un petit objet.

C'est précisément pour cela que la question en dit autant.

Les civilisations révèlent leurs valeurs dans les détails qu'elles décident de normaliser.

Quand une société reconnaît le handicap moteur, l'escalier cesse d'être le seul moyen d'entrer dans un bâtiment public.

Quand elle reconnaît le risque d'incendie, les issues de secours deviennent obligatoires.

Quand elle reconnaît le risque d'infection, le savon et les lavabos deviennent une composante de l'hygiène publique.

Quand elle reconnaît pleinement le corps des femmes comme une part de la réalité humaine pour laquelle les systèmes publics sont conçus, les protections menstruelles entrent dans la même architecture.

C'est le sens profond de l'équiconsidération (Equal Consideration).

The World Organization of Women Nations Womafreesm part d'un principe simple : un système gagne en précision lorsque les vies qu'il touche sont pleinement représentées dans sa conception. La réalité vécue des femmes doit avoir un poids institutionnel dans les lois, les technologies, les protocoles médicaux, les structures économiques et les environnements publics qui façonnent leur vie.

La dignité menstruelle est l'un des points de départ les plus évidents, parce que la contradiction y est très visible.

Le corps a toujours été réel.

Ce qui manquait, c'était la reconnaissance institutionnelle.

Pendant des générations, les femmes ont appris à compenser cet oubli avec une telle efficacité que l'oubli lui-même est devenu presque invisible. Elles ont gardé des protections sur elles, anticipé, chuchoté à des inconnues dans les toilettes, improvisé avec du papier toilette, quitté l'école, quitté le travail, sont restées assises et ont absorbé le désagrément dans leur vie privée.

L'adaptation peut masquer un système défaillant pendant des décennies.

Le progrès commence quand la société pose une autre question : pourquoi exigeait-on de la femme qu'elle compense ce que l'infrastructure publique aurait pu prévoir depuis toujours ?

Une nouvelle norme sanitaire peut naître en Ukraine

L'Ukraine n'a pas besoin de devenir l'Écosse, le Canada, le pays de Galles, l'Angleterre, la Nouvelle-Zélande, la France ou la Catalogne.

Elle peut apprendre de chacun d'eux.

De l'Écosse, elle peut retenir le principe de l'accès universel et d'un droit inscrit dans la loi.

Du Canada, elle peut retenir la clarté d'une approche qui range les protections périodiques parmi les fournitures sanitaires.

De la Nouvelle-Zélande, elle peut retenir le lien entre l'accès et l'égale participation à l'éducation.

Du pays de Galles, elle peut apprendre comment la distribution s'étend de l'école à l'ensemble de la vie locale.

De l'Angleterre, elle peut apprendre comment un programme public devient un système récurrent d'achat et de distribution.

De la France, elle peut comprendre comment le coût des règles pèse sur les choix économiques des étudiantes.

De la Catalogne, elle peut reprendre l'intégration des produits réutilisables et la responsabilité environnementale.

Des limites que révèle le système de suivi actuel de l'Écosse, elle peut apprendre à intégrer les données, l'audit et l'évaluation dès le départ.

L'Ukraine peut ensuite ajouter les réalités qu'aucun modèle importé ne peut lui apporter : la guerre, les déplacements de population, les abris, les infrastructures endommagées et la nécessité exceptionnelle de bâtir des systèmes publics capables de protéger la dignité sous la pression.

Ce serait l'équiconsidération (Equal Consideration) en pratique.

La question qui se pose à l'Ukraine dépasse donc celle de savoir si une serviette doit être disponible gratuitement dans des toilettes publiques.

La vraie question est de savoir si les femmes doivent continuer à supporter le coût d'une infrastructure conçue sans tenir pleinement compte de leur corps, ou si l'État est prêt à reconnaître qu'une réalité biologique partagée par des millions de ses citoyennes a sa place dans l'architecture de la vie publique.

Une serviette coûte très peu.

Le principe qui la sous-tend est immense.

Une femme doit pouvoir entrer dans une école, un hôpital, un bâtiment administratif ou un abri en sachant que le fonctionnement élémentaire de son corps a été pris en compte lors de la conception de ce lieu.

Voilà à quoi ressemble la dignité quand elle quitte le terrain des discours pour entrer dans le monde physique.

Marina Sukhomlinova, fondatrice et présidente de The World Organization of Women Nations Womafreesm, a officiellement porté cette question devant le gouvernement ukrainien. La pétition est désormais ouverte au soutien du public.

Signer la pétition officielle de Womafreesm adressée au Cabinet des ministres de l'Ukraine

Sources et lectures complémentaires

Ukraine

Données mondiales

Écosse

Canada

Nouvelle-Zélande

Pays de Galles

Angleterre

Irlande du Nord

France

Catalogne